Sous-commission de français du Bac: Vincent Atindokpo appelle à une révolution audacieuse
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Sous-commission de français du Bac: Vincent Atindokpo appelle à une révolution audacieuse

La correction des épreuves écrites du bac intervient chaque année quelques jours après la phase de la composition. Elle se déroule généralement dans la sérénité.Mais loin des regards du public, entre les quatre murs des centres de correction des épreuves, diverses irrégularités liées au fonctionnement interne des ateliers sont constatées et sont sujettes à des radotages. Un phénomène qui ramène sur le tapis le manque de leadership avéré et assumé observé dans la résolution des problèmes liés à l’enseignement ou à l'école en général au Bénin.Ainsi, dans les sous-commissions de français devenues le réceptacle des renégats de toutes les autres disciplines, restent entièrement en suspens beaucoup de questions déjà réglées sans sentimentalisme dans les autres disciplines.En français, au lieu d’un New Public Management espéré, c’est le mutisme qui perdure.

Et lorsqu’on cherche à cerner les contours de ce laxisme, une question surgit à l’esprit : une approche pragmatique des problèmes dans les sous-commissions de français et un meilleur partage des rôles ne semblent-ils pas possibles? Autrement dit, que faut-il faire pour redonner aux sous-commissions de français leurs lettres de noblesses ?

 L’intérêt de soulever ce questionnement et d’en discuter, sans a priori et sans aucun procès d’intention, est double. Primo, la perception qu'en français, les règles de sélection des correcteurs et les critères d’accession au corps de contrôleparaissent ténébreuses, moins rigides, plus légèreset banales qu’objectives. Un imbroglio qui dresse le lit à des frustrations.Secundo, après trente ans de présence à la correction, quelle perspective pour les retraités?

Disons les choses telles qu’elles sont actuellement : la résolution de cet imbroglionécessite de l’audace et appelle à une révolution.

La révolution, en théorie, est définie comme «  un changement brusque dans la société » (REVUE FRANÇAISE DE DROIT CONSTITUTIONNEL, N°102, 2015/2).

Dans notre contexte, il s’agit d’un changement radical dans la vie, dans les pensées, dans les mœurs de ceux qui animent les sous-commissions de français.

Au BEPC, un quidam peut s’arranger pour corriger aussi bien la lecture que la communication écrite. Mais, fort heureusement, au Bac, il est exigé actuellement aux correcteurs de l’épreuve de français, le moins nanti en diplôme, une licence plus une expérience de deuxans en tant qu’enseignant de français en classe de terminale.  Une condition que les gens contournent sans difficulté. L’essentiel pour le nouveau correcteur est la détention d’une licence en lettres modernes ou en linguistique. Le respect de ce préalable lui permet de ne pas être renvoyé le jour de la correction. La présentation de l’emploi du temps des deux dernières annéespour certifier que le nouveau correcteur a gardé la classe de terminale paraît aléatoire. Cette barrière n’est pas aussi difficile à franchir que le critère de diplôme. Ces conditions à minima, font aujourd’hui de la sous-commission de français l’une des plus faciles d’accès dans l’enseignement général. Cette situation, à la correction du Bac, fait du contrôle des diplômes des nouveaux correcteurs un calvaire.

Le recours à la licence et au Bapes était compréhensible. Cette option était valable parce qu’il n’y avait pas encore suffisamment de ressources humaines qualifiées.  La licence était le diplôme le plus élevé à portée de main. 

Or, aujourd’hui, la situation a évolué. Nous sommes passés à une époque où le nombre des détenteurs de maîtrises en lettres modernes a un peu augmenté. Les titulaires de maîtrise en linguistique sont légion. Un phénomène qui a entraîné la ruée vers les formations professionnelles pour l’obtention du CAPES en Lettres Modernes. Par conséquent, dans le cadre de l’anoblissement de la sous-commission de français, il serait judicieux de redéfinir le profil du correcteur des épreuves de français.

Ainsi au Bac, à l’instar des sous-commissions, de SVT, de PCT, d’anglais, d’histoire et géographie, qui ont franchi le rubicond depuis 2013-2014, la première réforme idoine en français serait-elle de poser systématiquement comme condition sine qua non à remplir pour être correcteur, la détention au moins d’une maîtrise en Lettres modernes ou en linguistique. A cela, il faut ajouter les deux ans d’expérience obligatoire en classe de terminale. Aussi faut-il sortir de la liste sans état d’âme, sans affairisme, dans l’objectivité et dans l’équité, tous les autres enseignants de français qui ne remplissent pas la condition, quel que soit le nombre d’année d’expérience à la correction du Bac. Il est évident qu’on pourrait opposer à cette idée que les diplômes ne vaudront jamais le nombre d’année d’expérience.Mais nous ne devons pas également perdre de vue que nous sommes dans un système francophone. Par conséquent, au Bénin, la compétence est évaluée à l’aune des diplômes obtenus. En attendant donc de changer de paradigme, le respect de cette norme s'impose pour faire le ménage. Tout argumentaire contraire serait subtil.

Mieux, dans les autres disciplines sus-citées qui ont exigé la maîtrise comme le diplôme minimum, l’intégration des nouveaux correcteurs à la liste est désormais subordonnée à la détention d’un CAPES. Le constat révèle qu’en plus de faciliter la vérification des profils, cette mesure, bien qu’à polémique au départ, a renforcé la qualité de l’offre éducative. Du coup, parmi les collègues concernés, avant la fin de l’ultimatum, les uns ont fait diligence dans la rédaction de leur mémoire de maîtrise, pour ne pas se retrouver sur le carreau, tandis que les autres sont allés  se professionnaliser dans les Ecole Normales Supérieures, dans l’espoir d’accéder au corps de contrôle en remplacement de leurs aînés massivement admis à la retraite.

Par ailleurs, dans les sous-commissions de français, l’autre pomme de discorde est le flou autour du choix des contrôleurs. En dehors des conseillers pédagogiques qui sont souvent au contrôle, l’accession au corps de contrôle semble n’obéir à aucune logique prédéfinie, connue, admise et acceptée de tous. Aussi continue-t-on d'assister, dans beaucoup de sous-commissions de français du Bac, à la présence au corps de contrôle des doyens admis depuis plusieurs années à faire valoir leur droit à la retraite.

De Cotonou à Natitingou, en passant par Lokossa, Bohicon et Parakou, les collègues qui se sentent en embuscade ressassent en sourdine leur colère.

Ce n'est qu'à Porto-Novo que la parole s’est libérée car les jeunes ont eu le mérite de commettre le parricide. Le problème de la promotion au corps de contrôle (un corps qui fait l’objet de toutes les convoitises) s’est révélé au grand  jour parce que la transition a été tonitruante. Les jeunes ont eu donc le mérite de faire la révolution à Porto-Novo et indiquent de ce fait la voie à leurs pairs des autres centres.

En effet, pendant la validation, ils ont sorti de la liste de correcteurs et de contrôleurs, les enseignants  admis depuis plusieurs années (plus d’une décennie pour certains) à faire valoir leur droit à la retraite. Cette témérité a libéré de la place au corps de contrôle. Mais en bons révolutionnaires, ils ont tôt fait d’occuper le corps de contrôle avec des amis en tenant compte des affinités (c'est sans doute le péché mignon de tout révolutionnaire). Néanmoins, les détracteurs de ce choix ne nient pas que quelques-uns des promus totalisent plus d’une douzaine d’année à la correction du Bac. Le malheur de la plupart d’entre eux est d'avoir fait leur maîtrise en juillet  2018, dans la vague des "maîtrises sociales" (favorisées par la généralisation du système LMD où la maîtrise n'est pas valable). Ce qui ne leur confère pas aux yeux de leurs adversaires une véritable légitimité face aux collègues anonymes plus gradés encore au stylo rouge. L’incapacité des acteurs incriminés injustement à assumer dignement leur acte de bravoure alimente davantage la polémique. 

Nonobstant ces reproches, d’une part, le scandale de Porto-Novo s’inscrit dans l’ordre normal de l’histoire. Les révolutionnaires gèrent toujours le pouvoir avec leur premier cercle de soutien. Les erreurs de pareilles petites révolutions se corrigent avec le temps. Quelle que soit l’approche de partage du "gâteau", il y aurait toujours des soubresauts.Quelque compétentsqu’ils soient, les révolutionnaires peuvent se tromper. Quant aux frustrés, ils doivent se rappeler que la vie est une sélection. En plus, le pouvoir ne se donne pas. Il s’arrache. C’est à eux de travailler à l’équilibre des rapports de force. D’autre part, cette confusion est liée au manque de courage et de véritable leadership, aux atermoiements, à l’indécision et à l’absence de légitimité qui sont symptomatiques des décideurs dans les sous-commissions de français. Il apparait quepersonne d’entre eux n’incarne une autorité morale incontestée dont les projets de reforme ne souffriraient de protestation.

Et pourtant, une remise en cause des normes opaques établies est indispensable pour le rayonnement des ateliers de français. L’avenir  de la discipline et le rayonnement des professeurs qui l’enseignent en dépendent.

Une nouvelle organisation objective éviterait aux décideurs de se retrouver dans la psychose sous prétexte qu’un faux diplômé serait tapi dans le rang des correcteurs. Un travail en amont pourrait être fait pour débusquer les faussaires.Dans ce sens, le rôle de l’association des professeurs de français du Bénin ne doit pas seulement se limiter à la collecte des 1000fcfa annuels gérés toujours sans obligation de reddition de comptes. L’association doit travailler à l’élaboration d’un répertoire fiable de professeurs de français. Ceci sans s’ériger en gendarme puisqu’aucun texte de la République ne lui confère des prérogatives officielles.

Pour conclure, cette réflexion vise à poser une problématique cruciale afin que des débats approfondis aient lieu pour redorer le blason des enseignants de français.  Aussi l’assainissement dans les sous-commissions de français appelle-t-il à durcir les critères de choix des correcteurs et à définir des conditions moins ténébreuses et plus consensuelles de promotion au corps de contrôle au bac. L’imbroglio qui règne actuellement dans le choix n’est pas de nature à installer l’harmonie et la sérénité. C’est pourquoi le mérite doit retrouver sa place en français car la promotion des combines encourage toujours l’érection de la médiocrité en modèle d’ascension sociale. Sur ce, nous reviendrons une autre fois sur la lutte contre les faux diplômes et la question des retraités.

ATINDOKPO VINCENT

Education