Bénin/PTAA : Dr Houssou réfute la souveraineté alimentaire du peuple béninois
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PTAA : Dr Houssou réfute la souveraineté alimentaire du peuple béninois

“Si ton ventre est détenu par l’extérieur, tu n’es pas souverain !“, à ces mots, le chef de Programme de Technologie Agricole et Alimentaire (PTAA), Dr Paul Houssou a démontré,  mardi dans une interview que les producteurs locaux soutenus par les chercheurs, peuvent valablement fournir 98% des composants de nos plats et limiter la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. En conséquence, il demande à l’État central de restaurer à l’INRAB sa notoriété et de se consacrer aux autres cultures qui, en thème de production quantitative et qualitative, rapporteraient des devises mille fois que le coton.

Agriculture Au Bénin : Bonjour Dr, présentez nous le PTAA

Dr Paul Houssou : Le Programme de Technologie Agricole et Alimentaire (PTAA) est la structure de l’Institut National de Recherche Agricole au Bénin (INRAB) qui s’occupe de tout ce qui est post récolte à savoir, la conservation, la transformation, la qualité des produits, la mise en emballage. Le PTAA a en charge la valorisation de toutes denrées agricoles béninoises (Les céréales, les racines et tubercules, les fruits et légumes, les Oléagineux..). Sur chaque produit, on agit sur deux volets : amélioration de la technique afin d’instaurer la facilité dans l’intervention humaine, lors de la transformation et l’obtention de produit de qualité. On y introduit l’équipement pour tout faciliter. En résumé, on travaille sur l’amélioration des technologies de stockage, de transformation, de conservation et de la qualité du produit ; tout ce ci à travers le développement des technologies améliorées afin d’obtenir des produits qui répondent aux besoins des consommateurs et donc du marché national.

Étant donné que l’activité principale du Béninois est l’agriculture et que le monde agricole est bien vaste, est-ce que le PTAA est connu des acteurs et qu’il couvre le territoire national en thème d’intervention ?

Oui et non ! Oui parce que le PTAA est un programme d’un institut national. À ce titre, le PTAA doit être connu à travers cet institut ! Parlant d’institut national, le gouvernement doit l’aider à se faire connaitre puisque c’est le patrimoine de l’État et non privé. Si nos dirigeants disent que le Bénin est un pays à vocation agricole et qu’il dispose d’un institut national de recherche, il leur revient de tout faire pour le valoriser afin qu’il soit reconnu au même titre que Songhaï pour lequel les autorités politiques font la promotion. Tous les programmes de l’institut méritent de la visibilité et c’est l’État qui doit s’en charger. Le chercheur est national et international ! Toutes nos œuvres sont scientifiquement publiées et les autres pays nous sollicitent pour le développement de leur agriculture puisqu’ils savent qu’il y a de la compétence au Bénin. Pourquoi nos dirigeants ne peuvent pas faire autant ? La connaissance de l’INRAB au plan national est mitigée.

À quel taux pourriez-vous quantifier les interventions du PTAA au profit du monde agricole béninois ?

Ça va être difficile de parler de taux ! Cependant, beaucoup de structures nous connaissent et nous sollicitent pour leur venir en appui de formation au profit des animateurs, des producteurs, les transformatrices…Je peux citer Helvétas, le Véco, GIZ, FAO, Africa Rice, Pafiriz…. Ils connaissent l’impact de nos technologies sur la vie des transformatrices, des producteurs en thème de qualité des produits. Il n’y  a pas un chiffre, mais nous sommes bien connus.

À par le défaut d’image que délaisse malheureusement l’État en défaveur de l’INRAB, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre mission ?

Le déficit de promotion pour l’INRAB par ricochet, entraine l’exercice de nos activités dans des cadres en toute inadéquation, des conditions difficiles ; on ne dispose pas de moyens de déplacement efficaces pour mieux intervenir. L’État doit faire de son institut un miroir en matière de développement agricole. On ne peut se développer en agriculture sans la recherche ! On ne peut pas faire l’agriculture avec des techniques rudimentaires, se fondant que sur la pluviométrie. Ne serait-ce que pour maitriser les technologies pluviométriques et celles de transformation et de conservation, l’État doit donner les moyens  nécessaires à l’INRAB. C’est le manque d’appui qui fait que l’impact de la recherche nationale n’est pas visible par tous les acteurs.

Qu’elles ont été ces dernières années, les innovations du PTAA ?

De point de vue technologie, le PTAA à développer beaucoup d’innovations. On a confectionné des kits d’étuvage du riz pour amoindrir l’effort, l’intervention humaine et surtout, la pénibilité liée à l’étuvage manuel, traditionnel. Le PTAA a mis au point une technologie pour valoriser les balles, les enveloppes du riz qu’on peut utiliser comme combustible pour étuver le riz et éliminer par conséquent, l’usage du bois de feu puis participer au passage à la lutte contre la déforestation. Il y a eu trois innovations concernant le maïs. On a mis au point, le couscous à base de maïs enrichit au niébé. C’est un produit traditionnel appelé “Yékè-yèkè“ qu’on a amélioré et qui sera disponible sur le marché bientôt. On a aussi inventé un curseur à “Ablo“ qui multiplie par six, la quantité dans la même durée de temps pour cuir traditionnellement. On a également développé une calibreuse qui trie les bons grains de maïs pour la semence. Il y a une égreneuse vanneuse qu’on a dénommée “aziza“ parce que ça vanne bien. On a développé des jus d’anacarde de bonne facture. La coque d’anacarde est en train d’être utilisée pour faire du charbon. On a élaboré des équipements pour produire de bonne qualité de beure de karité. On a développé pas mal de technologies ces deux dernières années grâce au Programme Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) financé par la banque mondiale. On eu de financement pour cinq projets au niveau du PTAA. Il y a un projet sur la transformation et la diffusion des technologies, un sur le maïs ; il y a un sur la valorisation de la noix d’anacarde ; il y a un autre qui porte sur le riz….

Dr Houssou, vous fournissez de la technologie et de l’équipement aux producteurs, mais est-ce qu’il y a une politique qui facilité l’achat de ces outils ?

En voulant mettre au point une technologie, il faut voir pour qui fait-on cette technologie ? Les femmes rurales, les producteurs qui ont des moyens limités. On intègre dans notre mise au point. Même si on met place une technologie très puissante dont le cout dépasse la bourse  des producteurs, ils ne vont pas acheter et ça ne servira à rien. Donc, nous proposons des technologies efficaces, mais à la portée des utilisateurs. Notre crédo, c’est de tenir compte de la grande masse.

Vu toutes ces prouesses, est-ce que PTAA est en relation avec la chambre nationale d’Agriculture du Bénin ?

On n’a pas une relation formelle ! En principe, ils doivent nous utiliser puisque c’est la chambre des agriculteurs. Je suis responsable d’un programme, mais depuis je n’ai reçu aucune sollicitation de la chambre d’agriculture.

En tant que technicien agricole quelle culture conseillerez-vous à l’État central qui se concentre que sur la production cotonnière ?

C’est une question de développement ! Ma réponse est un avis personnel ! Toutes les autres filières agricoles sont plus importantes que le coton ! Je pèse bien mes mots. Quand on prend le plat quotidien du béninois, 98% des composants proviennent de la production nationale ! L’huile, l’œuf, les farines, la viande… tout doit être produit localement, si on veut vraiment se développer. Non seulement on donnera de la valeur ajoutée à notre production, on créera beaucoup d’emplois et le chômage sera conjugué au passé. On ne mange pas le coton ; on va vendre, mais dans quelles conditions ? Ce n’est pas nous-mêmes qui fixons les prix. On n’a pas besoin d’importer un morceau de viande de l’extérieur. À chaque importation, ce sont de devises qui sortent et ça appauvrit le pays. Le Bénin est un pays bien irrigué qui a des micros climats qui permettent la production dans tous les domaines. Il suffit d’organiser les jeunes diplômés et qualifiés, leur donner de consignes fermes puis leur donner des moyens. Ils proposent des projets bancables domaine par domaine. L’État peut se priver d’importer des cabris des pays sahéliens pour la Tabaski par exemple. Dans 50 ans, on ne parlera plus de chômage au Bénin. Tout le monde sera occupé et progressivement les industries de transformation vont se mettre en place. Ils auront de la matière à transformer et à sortir des produits de qualité pour la consommation locale et on peut exporter le surplus. On voit sur le marché de l’oignon, de la tomate importée des pays voisins ; c’est la catastrophe. Mais, la vallée de l’Ouémé vient en deuxième position après le Nil, c’est d’hommage. Du 1er janvier au 31 décembre, on s’accroche qu’au coton dont on ne maitrise pas les couts de production et de vente. Même si le coton est localement transformé pour coudre des habits, mais il faut manger avant de porter des habits ! Si tu n’es pas rassasié, tu vas t’acheter de tissus ? 60% de ce que nous consommons vient de l’extérieur et si votre ventre est détenu par l’extérieur vous n’êtes pas souverains ! Le jour où l’extérieur n’enverra pas, on va mourir de faim puisqu’on est paresseux.

Votre appel à l’État central quant au rayonnement du PTAA

Que l’État soit plus regardant et de voir que la recherche est très importante pour l’agriculture ! Si vraiment l’état croit qu’on est un pays agricole, qu’il appuie la recherche. L’État peut mettre les moyens et confier des missions à l’INRAB ; demandé par exemple de produire une quantité de farine donnée pour qu’en 2017 on réduise de moitié l’importation. L’État peut dépenser au début, mais à long terme, il ne va rien dépenser ! Les œufs et autres, consulter les statistiques douanières pour voir ce qui entre alors qu’on dispose de tous les moyens pour produire autant.

Les jeunes constituent la relève de demain, mais en tant que technicien et ainé, comment appréciez-vous ces jeunes qui viennent à l’agriculture ?

Certains jeunes pourront assurer ! Mais d’autres, vu leur niveau… Je mets l’accent sur les jeunes qualifiés. Même avec une licence, ils pourront beaucoup ! Mais de la manière dont les structures de micro finance et d’entrepreneuriat assemblent des jeunes sans qualification, ce n’est pas ça ! Sans la qualification, ils vont faire du tâtonnement.

Dr, votre mot de fin…

À l’endroit des acteurs agricole, je les exhorte à se professionnaliser comme on l’observe dans les pays développer. On peut se référer au Ghana, la Côte d’Ivoire tout près de nous. Les producteurs peuvent s’associer pour acquérir des hectares au lieu de se contenter d’un lopin, un ou deux “quanti“ de terre pour dire qu’on fait l’agriculture. Il faut qu’ils aillent à l’entreprise agricole et produire industriellement et non pratiqué une agriculture de subsistance. L’État est aussi concerné par l’aménagement agricole, il doit assister par les moyens adéquats, crédits agricoles et autres.

Réalisation : Anicet TIDJO

 

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