Bénin: Cédric Hounnou exhorte Patrice Talon à revenir à l’essentiel
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Bénin: Cédric Hounnou exhorte Patrice Talon à revenir à l’essentiel

Le jeune leader du Bénin 2016, Cédric Hounnou vient d’adresser une nouvelle lettre ouverte au Chef de l’État, le président Patrice Talon ; Au menu de cette adresse datant du 14 mai 2018, l’actualité sociopolitique nationale notamment, la polémique autour de l’interpellation de certains hommes d’affaires. Ce « citoyen engagé », estime que la situation que vivent les hommes d’affaires actuellement rappelle celle vécue par le président Talon lui-même sous le régime défunt. Toutes choses qui ne sont pas de nature dit-il, à garantir la paix, la cohésion et la tranquillité nécessaires pour un développement réel. Il invite donc le chef de l’État à consacrer ses énergies à la réalisation du Pag et à ne pas écouter ses collaborateurs et alliés politiques qui parlent avec tous les muscles de leurs corps pour nourrir et entretenir des conflits avec les opérateurs économiques.

 

Cotonou, le 14 mai 2018

Cédric HOUNNOU

Contact : 96 68 93 90

Mail : hcedric99@gmail.com

A

Monsieur Patrice TALON, Président de la République

Objet : Lettre ouverte

Monsieur le Président de la République,

Face à l’atmosphère pourrie par des conflits politico-judiciaires, qui prévalent dans le pays, je me sens contraint à nouveau de vous écrire. Il n’y a de jours où le peuple n’est bercé par des affaires de poursuites judiciaires d’hommes politiques ou de redressement fiscal d’opérateurs économiques. Dans le lot, des hommes d’affaires et pas des moindres sont concernés. Aux dangers que ces conflits à tout vent peuvent alors engendrer sur le tissu économique de notre pays maintenant et à l’avenir, je viens très respectueusement appeler votre attention et votre sagesse sur la nécessité de ne pas vous laisser entraîner par le vice et perpétuer l’histoire dont vous avez été le personnage principal sous le règne de Boni Yayi.

J’aurais voulu comme un aveugle guéri, regarder avec bonheur les opérateurs économiques et vous, avancez main dans la main, pour contrer les assauts du chômage et redynamiser l’économie nationale. Hélas, chaque jour creuse davantage le fossé entre ces créateurs d’emploi et vous. D’abord Sébastien Germain Ajavon, votre fidèle allié, votre frère en affaires, votre faiseur de roi, arrivé 3ème à la présidentielle de 2016 avec plus de 23% des suffrages exprimés. Les nuages se sont accentués au port autonome de Cotonou ce soir-là, où 18 kilogrammes de cocaïne apparurent dans l’un de ses conteneurs. Vous vous rappelez sans doute! Personne n’a vraiment eu le temps de se reposer de cette peine et chanter le requiem de vos relations quand l’administration fiscale sur laquelle la Constitution vous confère un pouvoir absolu, lui annonce à corps et à cri, un redressement aussi suicidaire qu’historique. Le clou de la discorde! Récemment, les comptes de la société Cajaf-Comon ont été bloqués par l’État béninois dont vous êtes le garant. Ensuite, Samuel Dossou-Aworet du groupe Petrolin SA. Vous n’avez pas hésité à le booter définitivement de la construction du chemin de fer, reliant Cotonou à Niamey, qui pourtant lui revenait de droit. Vous avez préféré la technologie chinoise au détriment de votre compatriote. Enfin, Mohamed Taofick Hinnouho. Son honorabilité établie par l’immunité parlementaire n’a pu le sauver. Manu militari, le député est déposé à la prison civile de Cotonou. Votre garde des Sceaux, dans un zèle débordant a annoncé, contrairement à l’avis du juge des libertés et de la détention, qu’il est mis sous mandat de dépôt pour fraudes fiscales.

Et pourtant ! Pour avoir été l’objet d’acharnement sous le règne de votre prédécesseur, vous devriez le savoir. Le peuple béninois est très jaloux de ses hommes d’affaires, pourvoyeurs d’emplois. Pour ce peuple à la culture calme, les attaques contre ces hommes, sont perçues comme peler un oignon. Chaque explication soulève de nouvelles questions, de nouvelles raisons de soutien. Vous en êtes le témoignage vivant. Je sais que vous avez encore en mémoire votre histoire récente. Il y a des souvenirs qui résistent au temps et au pouvoir politique. Pendant que le Président Boni Yayi arraisonnait des conteneurs d’intrants agricoles vous appartenant, pendant que votre prédécesseur rompait à lui seul tous les contrats qui liaient vos entreprises à l’État, pendant que le pouvoir Yayi gelait vos comptes et vous contraignait à l’exil par des voies impitoyables, pendant que vous étiez accusé de tentative d’assassinat et de coup d’État, pendant que des malheurs à visages politiques vous ployaient et vous accablaient, c’est le peuple béninois, qui dans sa souveraineté absolue, vous a servi de bouclier, contre un pouvoir décidé à démolir cette mine de richesse et d’emploi que vous étiez, alors opérateur économique. C’est ce peuple faisant même obstruction à l’exécution des décisions de justice, vous a exfiltré des mains de votre bourreau. Vous l’avez compris. Ce peuple est très jaloux de ses créateurs de richesses. Et quiconque tente de les persécuter est mis en déroute. C’est ainsi que votre prédécesseur et sa clique ont été écartés honteusement du pouvoir le 20 mars 2016 et vous avez été hissé au sommet de la gloire afin que plus jamais, l’on n’entende qu’un homme d’affaires ait attenté à la vie du chef de l’État. Pour que plus jamais, l’on n’entende qu’un président de la République ait tenté d’incarcérer un opérateur économique pour des raisons fallacieuses. Pour que plus jamais l’on n’entende et n’assiste à des conflits ravageurs entre chef de l’État et opérateurs économiques. Pour que plus jamais dans cette République, il n’y ait “acharnement” contre un homme d’affaires.

Aujourd’hui, ce vœu si cher au peuple n’est toujours pas atteint. Votre pouvoir, en deux ans seulement, a engendré des querelles plus nourries entre ces pourvoyeurs d’emplois et vous. A mon corps défendant, je me fais le devoir, de vous avertir. Le peuple béninois n’a pas changé. Il est le même, qui rabaisse l’orgueilleux et élève l’humble. C’est le même qui anéantit le vaniteux et couronne le juste. C’est le même qui arrache les cheveux du pouvoir chez le bourreau et l’offre gracieusement à l’opprimé. Ce même peuple qui vous avait plébiscité à 65% au second tour de la présidentielle de 2016 vous observe. Il ne permettra jamais que les employés de Cajaf-Comon soient emportés dans les flots du chômage comme votre prédécesseur a tenté de faire avec Benin-Contrôle, Sodeco, Sdi, Astral. Ces entreprises qui vous ont définitivement mis à l’abri des besoins. Un pouvoir destructeur du tissu socio-économique est un pouvoir dangereux. Ce peuple se prépare indubitablement pour vous combattre affreusement. Ce peuple aiguise dans le calme et l’amertume l’épée de la déception contre vous. Aujourd'hui que le peuple béninois a découvert le vrai visage de celui qu’il a élevé au rang de président de la République, il sait les armes qu’il faudra affûter pour le combattre. Dès lors, la ruse et la rage seront ensevelies afin que naisse pour la postérité l’espoir de tout un peuple, de toute une jeunesse qui, depuis deux ans, recherche en vain, la trajectoire qui mène au pain quotidien. Constantin Amoussou avait prédit : «…la vipère qui se jette gueule ouverte sur les épines du hérisson, finit par se blesser cruellement, et en dépit de son venin, l'issue lui est toujours fatale.»

Vous devez donc à tout prix éviter de vous engouffrer davantage dans le piège du bras de fer avec les hommes d’affaires. Aucun conflit entre l’État et les opérateurs économiques ne disparaît sans laisser d’héritage. Voyez vous-même, combien de fois l’État que vous avez hérité a été fragilisé tant sur le plan économique que politique du fait des liens tendus entre votre prédécesseur et vous. Pendant trois ans durant, ce combat entre Boni Yayi et vous, a réveillé et entretenu les vieux démons, ennemis du développement, qui jadis étaient réduits au silence. Pendant trois ans durant, le duel entre Boni Yayi et vous a complètement affaibli le tissu économique de notre pays. Aujourd’hui, vous êtes face à l’histoire et nous ne souhaitons plus assister à un si nuisible spectacle. J’ai le cœur qui saigne, ce peuple ne mérite point que vous le soumettiez à nouveau à la rude épreuve du combat entre son président et les hommes d’affaires. Comme ce fut le cas sous le règne de votre prédécesseur, ne transformez pas aussi votre quinquennat, votre « mandat unique », en un champ de bataille entre vos anciens frères en affaires et vous. Vous devez empêcher l’histoire de se répéter. Car, entre le persécuteur et les hommes d’affaires, le peuple sait vite faire son choix. C’est pourquoi, je vous suggère de revenir à l’essentiel. Le peuple vous a hissé au sommet de cet Etat afin de conjurer définitivement le mauvais sort. Le peuple vous a propulsé à la Marina afin de taire définitivement les conflits socio-politiques entre chef d’État et hommes d’affaires. Le peuple vous a hissé au pouvoir afin que règnent l’accalmie et la sérénité autour de la gestion courante des affaires de l’État. Consacrez vos énergies à votre PAG et n’écoutez pas vos collaborateurs et alliés politiques qui parlent avec tous les muscles de leurs corps pour nourrir et entretenir des conflits avec les opérateurs économiques. A l’heure de la sentence du peuple, ils vous abandonneront et vous serez tout seul face au bûcher du jugement. Cette piste que je vous propose vous évitera définitivement de paraître pour un chef d’État réformateur, qui depuis deux ans, gouverne un peuple pressé par la faim, l’ulcère et la scoliose, un peuple hanté par la fièvre de vivre. D’ailleurs, François Hollande nous enseigne dans Les leçons du pouvoir : « Le chef dÉtat doit être tout à la fois lointain mais proche, inflexible mais humain, majestueux mais modeste, mystérieux mais transparent, laconique mais disert, distant mais abordable, monarque mais citoyen.»

Dans l’espoir que vous détournerez très rapidement votre regard des hommes d’affaires pour ne pas davantage dégringoler de l’échelon de respectabilité et d’estime où le peuple vous avait hissé, je vous prie Monsieur le président de la République d’abdiquer et de faire de votre patrie un havre de paix.

Cédric HOUNNOU,

Citoyen engagé,

Jeune Leader du Bénin (2016)

Gouvernance