Bénin-Allemagne: de nouveaux chantiers en vue pour réconforter la coopération
se rendre sur le site newsafrika.info
    
Bénin-Allemagne: de nouveaux chantiers en vue pour réconforter la coopération

Le diplomate allemand près le Bénin, SEM Achim Tröster a abordé mardi, dans un entretien avec “NEWS AFRIKA“ plusieurs sujets d’actualités nationale et internationale. Il s’agit notamment, des fondements de la coopération bénino-allemande, les projets financés et les prochains chantiers ; des perspectives de réduction du taux de chômage qui caractérise la jeunesse ; la lutte contre la corruption et l’indépendance de la justice au Bénin ; l’apport de la République fédérale d’Allemagne au Programme d’Action du Gouvernement béninois ; la position allemande par rapport à l’immigration irrégulière des africains ; l’élection de l’Allemagne au Conseil de Sécurité des Nations Unies en tant que membre non permanent pour la période 2019-2020 et la stabilité de l’Allemagne ainsi que sa bonne performance économique malgré les dénonciations du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

 

NEWS AFRIKA : M. Tröster, après avoir séjourné un an au Bénin en votre qualité de diplomate, avez-vous le sentiment que la communauté allemande se porte mieux au Bénin ; quelle vie mène-t-elle ?

SEM Achim Tröster : La communauté allemande au Bénin se porte bien, elle bénéficie de la stabilité et de la sécurité au pays. La plupart d’entre eux travaille dans le domaine de la coopération. Je souhaiterais qu’avec un désirable essor des relations économiques entre le Bénin et l’Allemagne la petite communauté allemande compterait aussi plus de représentants du monde des affaires à l‘avenir!

 

Quel bilan faites-vous sur votre rôle et votre mission à la tête de la Représentation allemande au Bénin ?

Après un an, il est beaucoup trop tôt pour faire un bilan ! Après un an, on vient justement de comprendre les grands sujets autour desquels tournent les discussions dans le pays. Mais un premier résumé provisoire montrerait que la coopération allemande soutient le Bénin à travers la GiZ et la KfW-Banque de Développement dans des domaines importants et prioritaires soit à l’échelle internationale ; c’est-à-dire l’atteinte des “Objectifs de Développement Durable“, soit à l’échelle nationale, c’est-à-dire du PAG. Avec nos trois grands axes qui sont la Décentralisation et le développement communal, l‘Agriculture et adaptation au changement climatique et les Services urbains et ruraux d’alimentation en eau potable et d’assainissement, nos partenaires béninois nous disent souvent que nous rendons une contribution significative et appréciée pour le bien-être des populations. 

      

Quels sont vos prochains chantiers diplomatiques au profit de la coopération bénino-allemande ?

Ensemble avec nos partenaires béninois, nous nous préparons pour les prochaines consultations et négociations sur notre coopération qui auront lieu en 2019. Sur demande du Gouvernement du Bénin, nous sommes aussi en train de sonder les possibilités d’un futur engagement de l’Allemagne dans le domaine de la formation professionnelle où, l’Allemagne possède avec son Système Dual d‘une expertise particulière. Elle constitue l’un des piliers du succès de l’économie allemande duquel, peut-être aussi d’autres pays pourraient tirer des éléments utiles. 

 

Quelles réponses la République Fédérale d’Allemagne peut-elle apporter au chômage qui caractérise la jeunesse africaine en l’occurrence, celle béninoise ?

La réponse à cette question a déjà été donnée par le Gouvernement du Bénin, il y a deux ans dans son Programme d’Actions du Gouvernement, mais elle mérite naturellement d‘être répétée: Seule l’économie peut créer des emplois et ainsi générer des revenus pour les individus ainsi que pour l’Etat. Une infrastructure moderne, des lois et régulations qui créent un environnement propice pour les activités entrepreneuriales sont des conditions indispensables pour une croissance de l’économie. Dans un monde caractérisé par la globalisation, la concurrence est forte et ne pardonne pas de retards. Une bonne éducation et une bonne formation professionnelle qui comptent parmi les priorités du Gouvernement  sont également à la base d’une économie prospère. Finalement, il me semble parfaitement opportun, d’encourager les jeunes à devenir eux-mêmes des entrepreneurs ; c’est l‘économie que crée les emplois et les revenus.  

 

Au delà de la diplomatie, y a-t-il des expertises parallèles que votre Représentation apporte au Bénin sur le plan de la bonne gouvernance, du renforcement de la démocratie et du développement durable ?

Comme je viens de le mentionner, la coopération allemande qui est active au pays, depuis les années soixante et s’occupe principalement du développement durable à travers son engagement dans les domaines de l’eau et de l’agriculture. Dans le domaine de la Décentralisation, troisième axe prioritaire de la coopération allemande, il va exclusivement de la bonne gouvernance, surtout au niveau local, où le citoyen profite directement des services communaux plus efficaces. En dehors de cela, les fondations politiques allemandes comme la Fondation Friedrich Ebert, la Fondation Konrad Adenauer et la Fondation Hanns Seidel mènent une grande diversité de programmes et d‘activités au Bénin avec leurs partenaires du gouvernement, des partis politiques, des syndicats et la société civile autour des grandes questions de la bonne gouvernance et du renforcement de la démocratie. 

 

Des béninois, opposants au régime en place estiment que la lutte contre la corruption sous Patrice Talon, est sélective ! Quelle est votre lecture à ce sujet ?

L’indépendance de la justice compte parmi les valeurs essentielles que l’Allemagne et le Bénin partagent en tant que pays démocratiques et états de droit. Nous sommes aussi en parfait accord sur la nécessité de combattre la corruption qui est un fléau mondial et un véritable frein pour le développement humain. Ces deux grand sujets sont régulièrement hautement placés sur l’agenda des nos dialogues bilatéraux et multilatéraux et abordés dans un esprit de grande franchise et de partenariat.  

 

Quels sont ces projets de développement qu’a financés, ces derniers mois, la République Fédérale d’Allemagne au profit du Bénin et quels sont ces secteurs privilégiés ?

Les projets de développement actuels de la coopération allemande ont été accordés avec le gouvernement du Bénin pour la période de 2017-2019. Ils comportent des éléments financiers et techniques surtout dans les domaines de Décentralisation, Eau et Agriculture qui s’élèvent à un montant de 87 millions  d’euros, soit environ 57 068 259 000 de francs CFA. A cela s’ajoutent des projets d’une valeur d’approximativement  de 20 millions  d’euros, soit environ 13 119 140 000 de francs CFA qui proviennent de quelques programmes spéciales, par exemple, dans les domaines de la Lutte contre la Faim et de l’Energie durable. Parmi les bénéficiaires directs comptent, les communes qui sont soutenus par les contributions financières au FADEC, les populations qui sont connectées aux réseaux d’eau grâce aux interventions de la coopération allemande, où le Parc Pendjari qui reçoit des subventions régulières provenant d’un fonds de 25 millions d’euros, soit environ, 16 398 925 000 de francs CFA donnée par la KfW – Banque de Développement.

 

Qu’attend la République Fédérale d’Allemagne du Bénin ?

En tant que démocraties et états de droit, l’Allemagne et le Bénin partagent une large gamme de valeurs. L’Allemagne  apprécie beaucoup que le Bénin se porte un vif défenseur de ces valeurs ne pas seulement au Bénin même, mais aussi à l’échelle internationale. L’engagement actif du Bénin pour la paix dans la région et pour un multilatéralisme effectif sont de grandes importances aussi pour la politique étrangère allemande.

Sur le plan interne, l’Allemagne soutient les efforts du Bénin dans le cadre du PAG et encourage le Gouvernement et le peuple du Bénin de continuer à travailler pour le développement du pays ; objectif auquel vise aussi la coopération allemande qui est aux côtés du Bénin, depuis des décennies. Sur le plan strictement bilatéral, l’Allemagne continue de compter sur la coopération du Bénin dans des cas de détermination de la nationalité et, si requis par la loi allemande, de rapatriements.       

 

Partagez avec nos lecteurs, votre avis sur les dénonciations du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) contre le régime en place ; confirmez-vous une crise sociopolitique en passe de secouer l’Allemagne ?

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est avec 92 députés actuellement le parti le plus grand de l’opposition au Bundestag, parlement allemand. Il y a une vive discussion en Allemagne si elle est de droite ou d’extrême droite. L’avènement  de l’AfD et son entrée au Bundestag en 2017 marque certainement un point remarquable dans l’histoire du parlementarisme de la République fédérale d’Allemagne parce que depuis les années cinquante, il n’y avait plus de représentants de partis au Bundestag à droite de l’Union Chrétienne-Démocratique (CDU) où de l‘Union Chrétienne-Sociale (CSU). Quoi qu’on pense de ce nouveau parti qui attaque vivement le gouvernement et les autres partis de l’opposition, l‘AfD a gagné pas plus que 12,6% des votes, lors des dernières élections fédérales. Aucun autre parti n’a l’intention d‘entrer dans une coalition avec elle, et je ne peux pas du tout déduire de ce résultat une crise sociopolitique qui secouerait le pays. Ce qui s’est certainement passé, c’est une fragmentation des camps politiques traditionnels de droite et de gauche qui a mené à un plus grand nombre de partis au Bundestag – maintenant six au lieu de quatre de la période législative antérieure, mais c’est un phénomène qu’on a pu observer aussi dans beaucoup d’autres pays européens. Evidemment, cela peut rendre, comme on l‘a vu, la formation d’un gouvernement plus difficile qu’auparavant, mais on y est arrivé quand même dans un délai raisonnable. En fin de compte, on peut constater sans aucun doute que la stabilité de l’Allemagne ainsi que sa bonne performance économique n’en ont pas souffert.   

 

Quelles sont en perspective, les solutions allemandes pour l’immigration clandestine des africains ?

L‘immigration clandestine ou illégale en Europe ou en Allemagne n’est  certainement pas la solution pour de grand nombres d’africains qui cherchent de meilleurs perspectives pour eux et pour leurs familles que ceux que leurs pays d’origine leur offrent. C’est une question de bon sens !

L‘ampleur des nombres en questions et la capacité d‘absorption des potentiels pays d‘accueil ne s’ajustent pas. La solution ne peut consister qu’en la création de perspectives économiques, d’emplois et de conditions humaines pour les africaines et les africains en Afrique. 

C’est en premier lieu, une responsabilité des pays africains et de leurs gouvernements vis-à-vis de leurs propres citoyens. Ils ont en premier ligne, besoin d’une bonne gouvernance. En deuxième lieu, l’Allemagne ainsi que d’autres pays développés y peuvent beaucoup contribuer par leur coopération et leurs instruments.  C’est pour cela que l’Allemagne par exemple a lancé le Compact avec l’Afrique dont fait partie aussi le Bénin et qui vise à améliorer les conditions pour les investissements, où le Plan Marshall du Ministère fédéral de coopération économique et de développement qui met l’accent sur l’expansion de la coopération économique.

 

Quels seront les fruits de la réélection de l’Allemagne au Conseil de Sécurité des Nations Unies en tant que membres non permanent ?

L’élection au Conseil de Sécurité des Nations Unies en tant que membre non permanent pour la période 2019-2020 est une grande marque de confiance pour l’Allemagne qui signifie également, une grande responsabilité pour elle. L’Allemagne se concentrera dans son engagement au Conseil de Sécurité prioritairement sur quatre objectifs: paix, justice, innovation, partenariat.

Dans un monde globalisé, il est plus que jamais nécessaire que la communauté internationale aborde conjointement les menaces traditionnelles et nouvelles. L’Allemagne continuera ainsi d’être un partenaire fiable dans le domaine de la sécurité internationale. L’Allemagne s’engagera aussi en faveur d‘un ordre mondial basé sur des valeurs. Les droits de l’homme constituent la base de la coopération au sein des Nations Unies. Nous allons aussi nous engager pour des thèmes qui ne semblent pas à première vue, être pertinents pour la sécurité internationale, mais qui sont quand même, des conditions indispensables pour des sociétés paisibles et libres: L’accès à l’éducation et à l’eau potable pour tous et un environnement intact. Quant au partenariat, l’Allemagne compte mettre ses expériences au service du développement. La coopération au développement est pour nous un investissement dans l’avenir en vue de créer des structures, de partager des idées, des connaissances et de donner de l’aide à l’entraide.   

                                                                                                                  Réalisation: Anicet TIDJO
Diplomatie