Bénin: production d’engrais organique, Chantal Adiko en fait carrière
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Bénin:  Chantal  Adiko se spécialise dans la production d'engrais organique

Jeune étudiante en master de pharmacologie et physiologie cellulaire à l’Université d’Abomey- Calavi, Chantal ADIKO s’est lancée dans l’entreprenariat depuis quelques années. Son entreprise de production d’engrais organique ‘’Africa-Compost’’ séduit beaucoup de producteurs agricoles.

Par Félicienne HOUESSOU

Africa-Compost est une entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation de compost, un engrais organique produit à partir des déchets biodégradables. Ce projet présenté lors de la 2ème édition de la Boss Académie, a obtenu le 3ème prix.

Pourtant, la vision de Chantal ADIKO n’était pas du tout l’entrepreneuriat. Détentrice d’un Baccalauréat série D, la petite dame a toujours rêvé de faire la médecine. Certes, elle faisait de petits commerces, mais l’idée de créer une entreprise privée était loin d’être son idéal. Elle confesse : « ça me faisait peur, quand on me parle de l’entrepreneuriat ».

Toute bonne chose a un début ! Le rêve de l’entreprenariat  a commencé par surgir en elle lors d’un stage académique. En effet, après sa licence, elle a été envoyée dans un laboratoire de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) pour un stage qui devrait durer un an. En cours de chemin, une autre ambition a coupé court à l’aventure. C’est le goût du volontariat. « J’ai postulé au premier contingent du volontariat de l’UAC.  Après la formation préliminaire et ma sélection définitive,  je me suis choisie une structure qui fait la promotion de l’agriculture biologique pour un service de volontariat », explique-t-elle. Le volontariat est un engagement de service volontaire qui se déroule par pur bénévolat. Néanmoins, la jeune dame s’y donnait à cœur joyeux parce que très vite, elle fut séduite par le compostage qui est un processus biologique aérobie de conversion et de valorisation des matières organiques (sous-produits de la biomasse, déchets organiques d'origine biologique) en un produit stabilisé, hygiénique, semblable à un terreau, riche en composés humiques, le compost.

A 25 ans, Chantal s’est associé à d’autres jeunes femmes, ayant fait le service volontariat dans une même structure pour une option salutaire : « entreprendre dans le compostage ». Ces amazones ont donc décidé de prendre le risque de monter leurs idées ensemble. Une équipe parfaite parce qu’elles étaient toutes jeunes, travailleuses impeccables et spécialistes du domaine. Cet engagement dans un secteur réservé aux hommes et encore vierge, inscrit la jeune Chantal parmi les rares femmes ayant la soif du lendemain meilleur.

Comme le dit Sophocle, ‘’le sort qui vous emporte, il faut le porter courageusement’’. Chantal qui, auparavant n’avait aucun goût pour l’entreprenariat a résolu de participer au concours des jeunes entrepreneurs, Boss Académie. Une expérience qui a renforcé sa force d’entreprendre. Car elle eut la chance de suivre une formation technique sur tout ce qui concerne l’entrepreneuriat, le montage des plans et les principes d’un bon entrepreneur. « Pour le suivi dont mon entreprise a bénéficié à l’académie, il fallait faire le point de notre évolution dans l’entreprise chaque semaine et on devrait y mettre toutes nos forces pour présenter de bons résultats à nos promoteurs. Ce n’était pas du tout facile mais on a quand même surmonté », confesse-t-elle. Comme aime à le dire le président de la Boss Académie, Conrad Gbaguidi, il n’y a pas d’entreprise sans difficulté. Chantal a donc décidé d’affronter les difficultés pour aller de l’avant.

Elle a su gravir les échelons

C’est un secret de polichinelle que le début de toute chose est difficile. «Les difficultés ne manquent pas quel que soit ce que vous entreprenez. La production en elle-même n’est pas facile car, il faut tenir la perche. D’autres diront que c’est un travail d’homme mais nous ne nous plaignons pas », a-t-elle confié. L’une des complications est la distance entre le site de production et le lieu de résidence de la promotrice. Il lui faut quitter Calavi pour rejoindre son site de compostage à Sèmè-kpodji. A cela s’ajoute l’indisponibilité de forage d’eau et le manque de moyen de roulant pour transporter des matières premières. Un grand problème de financement qui se pose à elle.

Malgré les maigres ressources, plusieurs campagnes de production ont été réalisées ; des sacs de compost commercialisés. « Pour la toute première campagne, nous avons produit 3 tonnes de compost. Et, bien que nous ne soyons pas encore connus comme cela se doit, nous les avons écoulés dans un délai très intéressant. Cela nous a prouvé que l’avenir est prometteur », indique-t-elle. A ses dires, tant qu’il y aura des agriculteurs ou maraichers, Africa-Compost ne manquera pas de la clientèle et tant qu’il y aura des éleveurs, il ne manquera pas non plus de matières premières (déjections d’animaux, feuilles mortes, résidus de jardinage, résidus de cuisine, gazon sec, vieux terreau d'empotage, tiges molles de végétaux, résidus de fruits, résidus de légumes, coquilles d'œufs écrasées, sacs de thé et marc de café avec filtres, papier déchiqueté… tout ce qui est biodégradable).  Il est à souligner que l’engrais de ‘’Africa-Compost’’ est susceptible de faciliter la production, d’assurer la protection des sols, de l’environnement et aussi la sécurité alimentaire. « Nous sommes au début et les demandes nous dépassent déjà. La majorité de nos clients sont au Village Maraicher de Sèmè-Kpodji et c’est un atout pour nous», précise-t-elle. Pour cela, la jeune entreprise accroit à chaque campagne sa production. L’objectif de la promotrice, Chantal ADIKO est de toujours grimper sur la quantité de compost jusqu’à atteindre 3000 tonnes et plus.

Mieux, elle mobilise déjà les ressources pour élargir ses points de vente dans les autres villes du Bénin. « Mon arme, c’est le courage et la confiance en soi. Sans ces vertus, on ne peut savoir d’où on vient ni sa destination. Il faut avoir le courage d’aller, d’aller encore et de foncer. Si des gens vous découragent et vous critiquent, c’est le moment de se dire je vais leur montrer ce que je suis capable de faire », martèle-t-elle. Toujours selon Chantal, chacun a une pierre à apporter à l’édifice, il suffit juste de tout faire pour apporter le meilleur. Aujourd’hui, elle est convaincue que tout le monde ne peut pas prétendre être fonctionnaire car l’entreprenariat privé est un socle pour le développement durable.

Engrais, 100% nature

Les feuilles tombent, les animaux défèquent, les arbres meurent. Depuis des millions d'années que la nature produit les déchets organiques, la couverture d'humus ne se fait pas remarquer en épaisseur. C’est une véritable armée de micro-organismes qui se met au travail pour revaloriser la matière organique. Ces tas de détritus organiques se mettent au mieux deux ou trois ans pour donner une matière utilisable à travers les nouvelles techniques de compostage. La matière organique ainsi décomposée par des micro-organismes tels que les bactéries et les champignons est transformé en éléments simples dont s'alimentent les végétaux. Le compostage en effet, est une méthode naturelle qui transforme la matière organique en un produit ressemblant à de la terre appelé humus ou compost.

Deux phénomènes se succèdent dans un processus de compostage. Le processus de dégradation, amenant les résidus à l'état de compost frais, est une dégradation aérobie intense : il s'agit essentiellement de la décomposition de la matière organique fraîche à haute température (50 à 70 °C) sous l'action de bactéries et en présence d’oxygène. Ensuite, le processus de maturation est caractérisé par une dégradation moins soutenue. Il va transformer le compost frais en un compost mûr, riche en humus. Ce phénomène de maturation se passe à température plus basse (35 à 45 °C). Il conduit à la biosynthèse de composés humiques par des champignons et des macros-organismes (ver de terres, etc.). Les bactéries responsables de la dégradation du compost doivent être dans des conditions aérobies, c'est-à-dire en présence d’oxygène pour pouvoir respirer. Il peut être mûr au bout de 3 à 6 mois voire 6 à 9 mois s’il est bien isolé et retourné régulièrement. Le compostage produit un excellent amendement du sol utilisé pour le jardinage et l'aménagement paysager. En termes d’avantages, composter permet non seulement de réduire les déchets mais aussi, allège la terre et favorise des économies d'engrais, de terreau et d'eau. C’est un fertilisant d'excellente qualité et 100 % naturel.

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