Bénin/Réconciliation Yayi-Talon: l’académicien Abiola, dans les nuages
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Bénin/Réconciliation Yayi-Talon: l’académicien Abiola, dans les nuages

Ancien homme fort du régime défunt et toujours respecté dans la République, François Abiola est intervenu, mardi sur Canal3-Bénin où, il s’est prononcé sur la réconciliation entre les présidents Talon et Yayi. Lui, il s’oppose à tous ceux qui sont pessimistes quant à l’effectivité dudit projet, fondant son optimisme sur les anciennes valeurs et postures d’humilité de Thomas Boni Yayi, qu’il dit connaitre.

Par Anicet TIDJO

L’universitaire François Abiola soutient que Boni Yayi sera favorable à quelques conditions près, à la réconciliation souhaitée par Patrice Talon. Car, pour lui, Boni Yayi qu’il a connu est tolèrent, sait pardonner, n’entretient pas de rancœur et a la crainte de la dignité humaine ; tout ceci en référence à leur parcours et jadis, à leur fraternité.

Les occasions manquées

La première tentative officielle de réconciliation entre ces leaders remonte à août 2012 sous l’égide de Amadou Diagne, président de la Fogeca. Après ce coup d’essai vain, la situation s’est littéralement dégradée entre eux deux et s’en est suivi, l’exil de Patrice Talon avec le début des feuilletons, “Tentative d’empoisonnement et Tentative de coup de putsch“, sans occulter tout son corolaire de conséquences, -arrestation de plusieurs prévenus, comparutions judiciaires à n’en point finir-. En homme de paix, le chef de l’État, Boni Yayi a gracié en mai 2014, Talon et ses coaccusés et a soutenu avoir tout pardonné. Ce dernier (Talon), de retour au bercail en 2015, a pu préparer son élection à la succession du président Yayi. Ce pardon avait un effet relevable.

Au lendemain de son élection, Talon et Yayi ont été conviés à Abidjan pour enterrer la hache de guerre sous la médiation conjointe, des présidents Faure Gnassingbé du Togo et Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire. En somme, le pas vers la paix n’a pas abouti entre les deux et ce sont ajoutées, des démêlées politiques internes.

Le rubicond franchi….

Sous le règne de Patrice Talon au Bénin, Thomas Boni Yayi a subi les affres d’un gouvernant qui dicte sa loi. Ainsi, le président Yayi a passé 52 jours assigné à résidence surveillée au même moment que ses proches aient été gardés dans des maisons d’arrêt. Tant de choses inhumaines se sont passées comme la tuerie postélectorale d’avril 2019, l’affrontement de Savè, de Tchaourou…; des évènements récents et inoubliables.

Yayi personnellement a été la cible d’une traque politique en vue de son affaiblissement sur tous les plans. Et si la communauté internationale ne mettait pas pression, Talon, voudrait-il volontairement laisser libre de mouvement Yayi ?

La réconciliation par essence

C’est un acte de haute diplomatie sociopolitique dans ce contexte-ci qui nécessite, du temps, des étapes, des conditions et surtout l’expertise des sachant en conflit et règlement de conflit. Mais d’abord et avant tout, les deux parties en situation conflictuelle devraient opter pour le dialogue. Le professeur Abiola en sait mieux que quiconque.

Talon qui évoque la réconciliation a parlé en l’air puisqu’il fallait brandir une sorte de bonne foi à l’opinion publique. Diversion politique tout simplement ! Avant sa tournée, il est auteur de deux attaques médiatiques à l’encontre de Yayi : l’appel à la retenue des anciens présidents, lancé dans les colonnes de “jeune Afrique“ et la supposée dette des fonctionnaires, laissée par le régime Yayi… Des faits du genre sont légion au jour d’aujourd’hui. Ces deux hommes ne sont pas prêts à faire chacun de son côté, une concession sociopolitique. Car, à chaque provocation de Talon ou de ses sbires à son encontre, Yayi réplique de façon sanglante et il en serait tel pour longtemps.

Tous ces faits pris en considération et mis dans la balance, indiquent sans ambages que non seulement, ladite réconciliation n’est si banale comme le sous-entend l’académicien Abiola, mais aussi, et surtout, elle n’est pas pour sitôt. Et d’ailleurs, les deux présidents cultivent l’adversité au point où, ce projet semble non-avenu et irréaliste à 100%. Car,  ce n’est plus un secret pour un béninois que Yayi milite pour la chute de Talon qui lui, veut un second mandat.

François Abiola a connu Yayi d’avant pouvoir et aussi, celui qu’il a côtoyé au sommet de l’État pour longtemps. Yayi qu’il n’a plus vu, depuis quatre années, ne se laisse plus piétiner. Yayi d’aujourd’hui a compris combien sa tolérance lui a causé de préjudices à divers niveaux.  L’anecdote finale dans la relation Yayi-Abiola est que le président Yayi a par erreur, fait perdre le pouvoir à la majorité présidentielle d’alors et son ministre d’État, Abiola n’a pas digéré cette erreur jusqu’à son passage sur Canal3-Bénin.  Le paradoxe dans son intervention est qu’il (Abiola) croit que Yayi pourrait tout digérer et s’adonner à la réconciliation tout comme si, c’était un exercice facile. Or, en sa qualité de chef d’État, il fait savoir publiquement en 2014 au Palais des Congrès, qu’il ne peut se faire gifler une seconde fois comme l’a prescrit la bible.

TAC

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