Bénin: brimades et sauvetages dans l’entreprise privée
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Bénin: brimades et sauvetages dans l’entreprise privée

Le secteur privé, employeur par excellence au Bénin, n’est pas exempt d’injustices faites aux employés, mais ces derniers sont contraints de subir par peur de perdre leurs boulots.

Par Anicet TIDJO

Les employés de la fonction publique au Bénin sont réputés pour les sit-in, les marches, les grèves et toute autre action de revendication. Dans les entreprises privées béninoises, les mouvements du genre n’existent pas. Cependant, ces employés sont victimes de brimade collective ou individuelle.

L’emploi comme sauveur psychologique

C’est seulement le jour où le jeune homme béninois est recruté qu’il est moralement soulagé puisqu’un emploi est libérateur. Il acquiert l’autonomie financière et progressivement, se détache de l’autorité parentale puis rêve grand en tenant comme garantie à tout, son job. Visiblement fier, le jeune employé peut se prévaloir de la responsabilité au sens large que lui concède son emploi dans la vie sociale. Car, il a levé le mystère de chômeur ou de désœuvré qui pèse sur sa conscience personnelle, sur celle de ses propres géniteurs et sur celle de son entourage.

« Je suis fière de sortir le matin et de revenir le soir pour le compte de mon job », a lancé Matilde d’Oliveira, la vingtaine, titulaire d’une licence en marketing et action commerciale et employée au service commercial d’un réseau GSM de la place. « Je suis mobilisable, je suis sociable, je suis utile à quelque chose de bien », a-t-elle assuré ajoutant : « ce que je gagne ne pouvait pas me soulager si tant, si c’est un homme ou les parents qui me le donnent chaque mois »

Titulaire d’un Brevet Technique Supérieur en montage audiovisuel, Donou Mathieu s’est reconverti en gestionnaire d’une grande structure de volaille qui lui procure désormais des moyens financiers aux efforts méritoires. Il a pu se louer une petite maison qu’il équipe progressivement. Il a pour ambition d’ouvrir à long terme, son propre centre de montage audiovisuel en vertu de sa formation professionnelle.

Les brimades…

Les exactions dont sont victimes les employés du secteur privé béninois sont entre autres, l’exagération dans l’heure de travail, l’exécution de certaines tâches non prévues dans les clauses d’embauche, le non-respect des textes qui régissent le partenariat employeurs-employés, les menaces de licenciement …

Lucrèce Hessou, trentenaire et mère d’un garçon. Elle travaille dans une petite entreprise de pressing de vêtement de 8 h à 21 heures, soit 13 heures d’horloge par jour. Elle ne se repose que le dimanche. Elle se résigne dans l’espoir de trouver mieux. Et pourtant, elle est titulaire du baccalauréat série D, mais devra encore faire avec ce salaire misérable.

Chauffeur dans une agence de location de voiture de la place, Georges, la quarantaine révolue ayant requis l’anonymat affirme avoir servi une structure similaire pendant 12 ans sans être déclaré à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Il dénonce avoir été radié pour avoir réclamé une augmentation de salaire.

L’environnement et les conditions de travail restent une catastrophe sociale au niveau des restaurants, boites de nuit  et autres buvettes. Moyennement payées à 25 000 F CFA, les serveuses sont plus exposées que les employés des autres secteurs du secteur privé au Bénin. Elles finissent généralement quand il n’y a plus de clients, souvent à l’aube. Beaucoup d’entre elles dorment sur des pagnes à  même le sol ou sur des chaises dans la buvette. Car, il faut qu’elles aménagent le coin pour la nouvelle journée. Du coup, elles peuvent venir au service à 17 heures s’agissant des serveuses de boites de nuit et finir le lendemain à 10 h.

Parallèlement au job principal, elles sont également un objet sexuel que le patron ou le gérant peut négocier au profit d’un client. « J’ai travaillé pour sept boites de nuit de la place, mais il n’y a pas d’exception », soutient Marthe qui dénonce en plus, l’abus sexuel des patrons eux-mêmes. « Tes jours sont comptés, si tu n’es pas d’accord. Nous n’arrivons jamais à avoir une vie sérieuse de couple », déplore-t-elle

Avis du sociologue

Rubain Montcho souligne “l’inorganisation“ des employés et soutient que la tendance ne se renverserait pas de sitôt. « Ce sont d’abord les victimes elles-mêmes qui doivent se soucier de leurs conditions de vie et de travail ; c’est lorsque la victime prend connaissance de son mal social qu’elle peut se guérir“, a-t-il indiqué, poursuivant, « il existe au Bénin, la Centrale des Syndicats du Secteur Privé et Informel du Bénin qui peut valablement traiter de ces cas, mais est-ce que les victimes veulent s’organiser afin qu’on les aide ? », a-t-il précisé. « Au sein d’une entreprise privée béninoise, la revendication d’un individu n’est pas susceptible d’aboutir et est source parfois de licenciement. Il faut donc, des actions collectives, mais avec les mêmes risques », a déploré M. Montcho.

Au sein des entreprises privées béninoises, on se croirait dans un monde dans lequel prévaut, l’injustice sociale. Et pourtant, le Bénin reste une République démocratique de référence avec pour credo, « Fraternité-Justice-Travail ». Vivement que les employeurs indélicats revoient leurs copies.

TAC

Société