Bénin: Victorin Houédanou relate ses 25 années au service de la Fécécam
se rendre sur le site newsafrika.info
    

Bénin: Victorin Houédanou relate ses 25 années au service de la Fécécam


Les réalités au sein des entreprises béninoises sont complexes. Elles diffèrent d’une structure à une autre et d’un employeur à un autre. Pendant 25 années, Codjo Victorin Houédanou est resté au service de la Fédération des caisses d'épargne et de crédit agricole mutuel (Fécecam). De son poste de caissier, il assure aujourd’hui la direction de la structure. Dans cet entretien, il nous livre sa vie en entreprise.

Le Monde de l’Entreprise : Présentez-nous la Fécecam ?

Houédanou Victorin : La Fécecam-Bénin est une institution de micro finance. La plus grande au Bénin et la 3ème dans l’Afrique de l’Ouest en termes de taille. Elle a été créée depuis 1977 donc on aura bientôt 40 ans d’existence. Nous sommes spécialisés dans la collecte de l’épargne, dans la mis en place des crédits et le transfert. Actuellement, nous avons commencé par faire de la micro finance et assurance. C’est un réseau de coopérative d’épargne et de crédit structuré à deux niveaux. Le premier, comporte les Caisses locales de crédit agricole mutuel (Clcam). Le deuxième, c’est la faitière qui assure la coordination du réseau au niveau national avec des délégations techniques régionales au niveau des départements

Est-ce que la micro finance participe vraiment au développement des activités de création d’entreprises ?

Les micros finances aujourd’hui courent les rues. Mais il faut la qualité et c’est à cela que nous nous attelons au niveau de la Fécecam. Cette qualité commence par l’accueil des clients. Lorsque le client veut un financement et son dossier est à jour et bancable, il faut que dans un délai raisonnable qu’il puisse l’avoir. Si on ne le tourne pas en rond et il est vite satisfait, c’est ça la qualité de la micro finance. Si après avoir déposé son argent, le client sait que son épargne est sécurisé et il arrive à en disposer facilement, quand il en a besoin, sans perdre beaucoup de temps au niveau du guichet, c’est une manière d’apporter de la qualité à ce que l’on fait. La qualité se résume surtout à la satisfaction qu’on s’efforce de donner aux clients. Les micros finances aident beaucoup les entreprises. Nous distribuons près de 40 milliards de crédit tous les ans. Nous avons 134 points de service qui émettent des crédits. Si vous voyez des gens s’intéresser à quelque chose, humainement, c’est parce qu’ils y trouvent d’intérêt. C’est l’intérêt qui guide le monde. Nous finançons l’agriculture, le commerce, l’artisanat, aussi, les fonctionnaires, agents permanents de l’Etat, les salariés. Si vous voyez des clients autour, c’est parce que cela concoure à leur vie.

Quel est votre parcours personnel monsieur de directeur ?

J’avais fait une expérience de cabinet et après, je suis resté dans une d’entreprise privée, spécialisée dans le textile, créée par une dame. Après ces expériences, j’ai été recruté en 1991 par le projet de réhabilitation. Au sein de la Fécecam, j’ai commencé comme caissier, après inspecteur, chef de mission, puis inspecteur général, assistant du directeur général et secrétaire général chargé de la coordination des directions avant d’être promu directeur général. La Fécecam est une entreprise collégiale qui appartient à un certain nombre de sociétés mais de droit privé. L’ensemble des sociétés membres qui constituent les propriétaires de l’institution ont un conseil d’administration dont la direction générale dépend. J’ai été nommé directeur général depuis 5 ans.

Avez-vous personnellement créé des entreprises ?

Oui.  J’ai créé la société alimentaire ‘’Sol des anges’’ qui fait les produits congelés et les produits secs. Une deuxième société ‘’Global-Africa’’ qui fabrique les cartons d’emballage pour l’ananas et une autre qui s’appelle ‘’Symbiose’’ dans le domaine du ciment et du gasoil.

Alors, être un chef d’entreprise au Bénin, à quoi cela rime ?

Créer une entreprise est d’abord une question d’engagement, une question de volonté. Mais le début reste toujours un peu difficile. Il faut donner à des gens courageux, parce qu’il faut le courage avant d’entreprendre. Il faut donner à des gens sérieux. Si vous n’êtes pas sérieux, vous ne pouvez pas mieux collaborer avec les clients, les fournisseurs et les partenaires. Parce que si vous trompez un partenaire, il ne va pas se laisser trompé une seconde fois. Et finalement, c’est vous qui perdez.

Quels sont les risques aujourd’hui relatifs à la création de l’entreprise au Bénin?

Une fois que vous créez, cela nécessite beaucoup de financement, beaucoup de moyens financiers qui permettent de mettre à disposition des moyens matériels et le recrutement du personnel. Le casse-tête de l’entreprise privée, c’est la gouvernance, la bonne gestion. Il faut arriver à bien gérer les ressources. Les privés aujourd’hui ne font pas attention à la gestion. Ils confondent leur vie privée avec celle de l’entreprise et souvent, ils gèrent dans leur poche et cela crée des difficultés à l’entreprise. C’est un gros risque lorsque l’entreprise se résume à une seule personne parce que si cette personne a des problèmes, c’est l’entreprise entière qui a des difficultés. Donc, c’est surtout au niveau de la gestion quotidienne. La pérennité de l’entreprise se dessine par la qualité de la gestion.

Quelles sont les difficultés liées à l’entreprenariat ?

Souvent, ce sont des problèmes liés à la gestion des hommes. L’homme est très complexe à gérer et en tant que dirigeant, on doit être persévérant.

Comment passez-vous vos journées en tant que Pdg ?

Ma journée est entièrement consacrée à mon service. Déjà à 7h30, je suis au bureau et je ne rentre pas avant 19h. Un directeur général, son rôle, c’est d’abord l’organisation du travail, c’est la coordination des tâches et il doit suivre le fonctionnement des différentes directions. Il doit assurer le respect des textes, prendre des décisions, et comme un conducteur, il doit avoir un œil sur tout ce qui fonctionne au niveau de l’institution. Mais il faut aussi aller sur le terrain pour aller voir comment les collaborateurs travaillent, aller vers les partenaires ou les recevoir.

Le monde de l’entreprise voudrait bien s’intéresser à la relation que vous avez avec vos employés !

Il faut la maîtrise de soi. Un dirigeant ne s’explose pas, il doit pouvoir se contenir. Il lui arrive de s’énerver mais, intelligent, il doit savoir raison gardée. Les ressources humaines constituent la première richesse de toute entreprise parce que l’entreprise travaille par eux et pour eux. Sans ressource humaine de qualité, consciencieuse, on ne peut pas faire de la performance, on ne peut pas avoir de résultat. Il faut travailler à ce que chaque agent du personnel se sente considéré, pris en compte si on veut avoir le meilleur. C’est ce qui nous préoccupe à Fécecam tout le temps. Il faut assurer un salaire acceptable et motiver les travailleurs. Cela les amène à devenir excellents dans leur responsabilité.

Parlant de salaire acceptable, que pensez-vous du non respect du Smig par les employeurs au Bénin ?

Nous nous sommes une structure formelle et on ne peut pas se permettre de payer les employés en dessous du Smig. Jusqu’à nos gardiens, il n’y a pas celui là qui soit à moins de 100 000 FCFA. Un agent qui ne vit pas à sa faim ne peut pas être efficace. Si on n’est pas en mesure d’engager un agent à plein temps, il vaut mieux le prendre à temps partiel pour lui permettre d’aller chercher le complément ailleurs.

Le Président de la République Patrice Talon parlait il y a peu, de désert de compétences au Bénin. Quel est votre avis sur le sujet ?

Je ne voudrais pas interpréter les propos du président. Le Bénin a beaucoup plus un problème de conscience professionnelle. Sur le plan international, il y a beaucoup de Béninois qui sont à des postes stratégiques. Et ils font la fierté du Bénin par la qualité de leur travail. Dès lors qu’il y a la conscience professionnelle, il n’y a aucun problème. La conscience professionnelle est un engagement à bien rendre le service et éviter la corruption et le gaspillage.

Selon vous, qu’est-ce qui fait la réussite d’une entreprise?

La réussite d’une entreprise pour moi passe par l’engagement des hommes bien formés et compétents. Ensuite, il faut avoir mis en place une bonne organisation avec de bons textes qui régissent les activités. Il faut que tous les textes organiques soient bien adaptés à l’activité. Il faut veiller à leur respect en termes de bonne gouvernance. Les moyens financiers pour faire fonctionner l’institution. En un mot, il faut la bonne gouvernance.

Des secrets de réussite…

Il faut aimer entreprendre, avoir le goût de l’initiative. Etant donné que j’ai fait la gestion, très tôt, j’ai eu le désir de créer. J’ai évolué dans une famille de commerçants donc entreprendre c’est aussi dans la tête, il y a le pré requis qui est la formation professionnelle. Pendant que moi je monte une petite structure avec 1 million, d’autres peuvent penser d’abord à s’offrir une voiture ou construire leur maison.

Quelques conseils pour clôturer l’entretien

L’entreprenariat c’est d’abord la vision. Il faut que les jeunes entrepreneurs sachent mettre l’entreprenariat devant, le luxe après. Puis, il faut qu’ils s’arment de courage et de persévérance. Sans le courage et la persévérance, en un mot, sans le travail, on ne peut pas réussir. Aussi, il faut être honnête. Très souvent, ceux qui sont malhonnêtes échouent. Lorsque vous n’êtes pas honnête dans les affaires, vous ne pouvez pas aller loin. C’est une question d’éducation, de l’environnement dans lequel on a grandit. Mais il faut comprendre qu’on ne peut pas tromper indéfiniment l’autre.

Réalisé par Félicienne HOUESSOU

Source :“Le monde de l’Entreprise“

Société